Part 2/2. Que revienne l’électricité avant que je ne pète les plombs
Je joue la carte de l’assurance et me détends en me rappelant que j’ai de la marge d’ici à ce que Jean-Luc revienne. L’affaire ne tourne pas trop mal.
« - Qu’est-ce qu’il faut selon vous sur un site officiel de fédération de
football ? »
« - Le classement du championnat ? »
« - Exact. »
« - Le calendrier ? »
« - Indispensable. »
On discute, on s’interroge sur la lisibilité du site, sur la meilleure manière de le rendre attrayant et informatif.
« - Le logo de Diambars ? »
« - Ce serait bien mais ça me parait difficile. C’est le site de la fédé, pas de Diambars. »
« - Des informations sur les clubs ? »
« - OK, mais quelles informations ? Dis donc toi là, si tu t’emmerdes avec nous, tu dors (ton cassant mais posé). Donc quelles informations sur les clubs ? (ton détendu et tourné vers les autres)» Mon élan d’autorité a l’effet escompté. « Toilà » cesse de se vautrer sur la table et mieux, m’adresse des propositions pertinentes. Je ne suis pas mécontent de montrer qu’on peut déconner ensemble à table mais pas en cours.
Globalement, les jeunes jouent le jeu. Mais il y a un hic : il le joue trop bien. En 45 minutes, ils épuisent ma page de rubriques. Moi, ça ne m’arrange pas. Ni l’électricité ni Jean-Luc ne reviennent. Je commence à suer de grosses gouttes confronté à une clim qui n’a pas craché une once d’air frais depuis une bonne heure et une montre qui prend tout son temps. Elle a intérêt à faire un effort car j’ai
Au bout d’une heure, je ressens la fatigue. La salle raisonne beaucoup, c’est épuisant. Jean-Luc revient. Parfait ! Il reprend la main. Je reprends des forces. Mais je ne dispose que d’une poignée de minutes, le temps de parler du site, d’évoquer une anecdote concernant Adebayor puis il repart régler le cas des 3e.
Là, ça devient raide : penser pour la prochaine fois à étoffer les plans B, C, D et entrevoir un E. Je leur parle des sites existants, de Wikipedia, on collecte ensemble les villes où habitent les uns et les autres pour qu’à l’occasion on sache qui ira à la pêche aux informations où. Je lâche la bride, les laisse changer de place.
Il reste 30 minutes. C’est long 30 minutes. La salle est plus chaude qu’à l’extérieur. Je suis trempé. Je leur demande qui est, selon eux, le plus grand joueur de l’histoire du Sénégal et les soumets à un questionnaire improvisé sur le parcours des Lions en Coupe du Monde et à la CAN : l’un réplique Jules Bocandé, un autre s’emballe : « Mais non, El Hadj Diouf », « Une seule participation en Coupe du monde, en 2002 ! Et on est allé une fois en finale de la CAN», s’excite un troisième. Ils ne sont pas toujours d’accord, parlent fort, certains avec moi, d’autres entre eux. Quelques-uns ont décroché. Beaucoup trop à mon goût. Ce n’est pas leur trip les questionnaires. Comment pourrais-je leur dire, comme avec « Toilà », de m’écouter, je n’ai cette fois-ci rien à dire de pertinent ? La salle raisonne de leurs réponses et ça s’entend jusqu’au rez-de-chaussée. Tembé, le préfet (comprendre le CPE), nous demande de baisser le ton. Pour justifier le pourquoi de toutes ces questions, je leur explique que, pour le site, il sera nécessaire de trouver des réponses fermes et définitives. Les pauses entre mes phrases sont de plus en plus longues.
Bon sang, je les tenais sur la première heure, lorsque j’avais quelque chose de consistant à leur donner. Mais quand je n’ai que du vide à leur tendre, que puis-je attendre d’eux ? C’était une première, je ne devais être qu’une béquille. On devait voir des sites web, on n’en a pas vu un seul. Je leur demande de les visiter d’ici la prochaine fois. Je ne m’attends pas à ce qu’ils le fassent. Que je haïs le Sénégal qui gagne.
Dans les minutes qui suivent, la fée électricité fait sa réapparition. Je lui cracherais bien à la gueule à celle là. Quelle douce ironie, me dis-je. Le Sénégal qui gagne ne peut me faire plus beau doigt d’honneur. Je sors de la salle épuisé, tendu comme un arc. C’est à eux qu’on devait servir une mise en bouche. C’est moi qui ai dégusté.
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Postface. Si je suis sorti frustré et démoralisé de cette première, quelques motifs de satisfaction sont tombés par la suite. Plusieurs d’entre eux et parmi ceux qui avaient l’air de s’en foutre royalement en fin de cours, sont venus me trouver. Ils avaient visité les sites demandés et même d’autres que je ne leur avais jamais indiqués. Que c’est bon pour le moral.
Le jour de la deuxième, cette fois-ci pour - enfin - visionner les fameux sites, la fée électricité s’est barrée une heure avant l’heure H. Pour bien se foutre de ma gueule, elle est revenue dix minutes avant. Il faut absolument que je lui casse les deux jambes.










tout au long de ma carrière mais ça ne veut pas dire que j’en mets, j’aime bousculer les gens pour les faire réagir, je viens de lancer mon site officiel* et je commande de l’agneau quand je ne sais pas quoi prendre au restaurant, je suis, je suis, je suis… » Ber.
Vite, mon calepin, pour désamorcer ce putain de regard des autres. Tiens, même à un continent de chez moi, je le crains. Pendant une minute, je me dis que mes quatre années de thérapie, que j’ai tendance à idéaliser, n’ont pas été si efficaces.
Bon ben ça y est, je l’ai fait : je suis allé voir une prostituée. A Saly, le mérite est moindre. Certaines viennent parfois de très loin pour déshabiller un toubab vacancier comme moi, même si leur cible préférée a plus de ventre, d’argent, de points retraite et moins de raisons d’acheter du gel. En deux jours ici, j’ai eu plus de regards langoureux et de clins d’oeil qu’en dix ans de boîtes de nuit. Désormais chassé, le chasseur en devient aussitôt fasciné. A mi-séjour, c’est décidé : je veux qu’une pute m’ouvre sa vie, qu’elle me fasse une petite place et grandement confiance, qu’elle me crache ses sentiments quand elle est là, attablée avec un homme blanc, à lui commander un coca, à rire à ses blagues avant de le faire jouir. Et de repartir moins pauvre.