Part 2/2. Puis Yann mit les bouts chez le marabout, suite et fin
Premier contact. Le voilà qui se marre. Premier constat. Le vieil homme a une dentition à faire pâlir Joey Starr. Un vrai cimetière. Mais c’est plutôt bon signe. « La bouche d’un vieillard sent mauvais, peut-être, mais non ses paroles » dit l’adage. Il a 70 ans bien tassés. Faut-il y voir une preuve de grande sagesse dans un pays ou l’espérance de vie excède rarement 55 ans ? De toute façon, ici au Sénégal, plus rien ne peut m’étonner. Je plane à 2000. Le voilà maintenant qui s’adresse à moi. Nangadef ? Mangefi rek. La discussion tourne court. Et le vieil homme ne parle pas un traître mot de Français. Je me vois dans l’obligation de solliciter mon accompagnateur, brillant linguiste par ailleurs. Amadou, la sieste est finie !
La consultation, elle, commence. Le vieil homme médite. Son visage se ferme. Il fronce les sourcils. Que cherche-t-il ? La solution d’une équation à 4 inconnues ? Nul ne le sait mais il prend un air grave. Face à cette prestation digne d’un acteur de série B, je peine à garder mon sérieux. Mais depuis mon arrivée au Sénégal, les témoignages relatant le pouvoir des marabouts ne manquent pas. A les écouter, Yékini (le lutteur !) leur doit son invincibilité, Wade sa ré-élection (février 2007). Ici, les marabouts sont respectés. Sacrés. La légitimité, celle-là même que je tiens à mettre à l’épreuve, ils l’ont gagné. C’est pourquoi, en aucun cas, je ne souhaite vexer mon sorcier, ni dénigrer une croyance populaire. Je dois reprendre le dessus.
Du bout des doigts, il se met à dessiner des formes géométriques sur le fin tapis de sable qu’il avait préparé devant lui. Madame Soleil ! Très peu pour moi. Malgré ma curiosité et l’envie d’en savoir plus sur les pratiques des marabouts, mon scepticisme ne cesse de grandir au fil des secondes. D’ailleurs, elles me semblent interminables. Comme un enfant sénégalais le ferait un lendemain de tabaski pour trouver le sommeil, je commence à compter les mouches. 3,4…Ah ! Et puis voilà la cinquième qui se dépose sur mon front…
Mais soudain, alors que je commence à oublier le pourquoi de ma présence…surprise ! Le vieillard se risque enfin à des révélations. « Le sable dit que tu aimes le voyage. » Jusque là, rien de transcendant. « Tu as renoncé à un long voyage pour venir au Sénégal ». C’est juste : quelques mois plus tôt, j’avais privilégié l’aventure Diambars à une escapade au Cap, en Afrique du Sud. « Je vois également que tu as été en contact avec de l’eau au cours des dernières 24 heures ». Cette fois, c’était sûr, il lisait en moi comme dans un livre animiste. Effectivement, j’avais pris une douche avant de venir. Contrairement à ce que l’on peut penser, faire une telle assertion, c’est risqué. Particulièrement au Sénégal, pays ou les coupures d’eau peuvent durer des dizaines d’heures consécutives…
Après un petit interlude, le marabout, d’un ton affirmatif, me dévoile que mon avenir (sentimental et professionnel) me comblera en tous points…et juste avant de clore la consultation, il dit apercevoir mon futur fils.
Mais, pour que la prophétie se réalise, j’ai deux engagements à tenir.
Le premier tient dans une bouteille de Cristalline. Preuve que du Sénégal à
Le second. Faire un sacrifice. Celui d’une chèvre. Répartir la viande de l’animal (garantie halal !) en sept tas et les distribuer aux nécessiteux du village.
Malgré une pointe de réticence, je finis par me plier à ces requêtes. Après tout, il est parfois bon de se laisser bercer par les illusions. Car si ce marabout disait vrai ? Si son pouvoir était réel ?
Si c’était le cas, le bonheur aurait un prix. 40.000 CFA : un rendez-vous, une chèvre. Plutôt une bonne affaire. Mais six mois plus tard, à l’heure du bilan, j’ai le sentiment d’avoir été floué. Ses promesses de bonheur et de prospérité, j’y ai cru. Je m’imaginais déjà en haut de l’affiche : roi du pétrole et prince de l’arachide.
Sucré, salé et grillé à sec, je l’ai bien été et pour l’or noir, on repassera.
Note : à travers le récit de cette expérience, je ne souhaite pas forcément procéder à une dénonciation manichéenne (typiquement européenne) des marabouts. Je tiens à préciser que je respecte toutes les croyances même si je ne peux cautionner le comportement criminel (je pèse mes mots) de certains marabouts à l’encontre de jeunes enfants, les talibés. Un sujet que je n’ai pas souhaité aborder dans mon témoignage.


vous proposer un petit rap, tout à fait abordable, signé Didier Awadi, le rappeur le plus célèbre du pays, voire même de l’Afrique de l’Ouest. Pour des raisons techniques et parce qu’aussi je sens bien que la musique sénégalaise, ça vous passe à 20 000 au-dessus de la tête, il n’y aura ni dessert, ni café. Et pour l’addition, on se débrouillera. 