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Un BLOG de la Rédaction
du Journal SUD OUEST

Les Lionceaux de la Teranga
Le Sénégal depuis l’institut Diambars, centre de formation de jeunes footballeurs

Archive du mars 2008

Lycéenne - Mbour

31 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Bon vent !

La semaine a été traversée par un souffle d’impatience. C’est toujours ainsi avant les vacances. Les jeunes piétinent. Ils sont excités. Une vraie colonie de puces. Globalement, ils sont plus enthousiastes et rieurs qu’à l’accoutumée. Mais c’est généralement dans ces instants de relâchement que les quelques dérapages se produisent. Oh, jamais rien de bien méchant. C’est par exemple la quasi-totalité de la classe multimédia surprise mercredi en train de tchater au lieu de mener des recherches en cours d’histoire ou ce fait d’arme la veille des précédentes vacances (en décembre) : quelques-uns avaient prétexté un achat à la station essence pour filer à la sénégalaise faire la fête. La course leur avait pris 3 heures. Forcément, cela s’était remarqué…

 

Quoi qu’il en soit, restent les matchs du week-end pour mettre fin à ce chapitre. Les derniers seront au plus tard les fesses sur les nattes familiales lundi. Ils ne demandent que ça, globalement, ils sont épuisés. C’est qu’il faut se les enquiller ces semaines de folie avec 30 heures de cours, 14 heures d’entraînement, 1 h 45 de match, des kilos de riz et d’oignons engloutis et des heures de soutien scolaire en dessert. Pratiquement tous les soirs, les élèves de terminale gagnent leurs bureaux pour bosser jusqu’à minuit, voire 1 heure. Ce sont les seules à avoir l’autorisation exceptionnelle de se coucher après 22 heures. Mais le réveil sonne à la même heure pour tous.

 

Coquetterie d’au revoir : un voile opaque a recouvert le centre et ses environs. Ça ressemble au brouillard mais ça n’en a pas le goût. Ce manteau-là n’est pas humide. Il pique les yeux, place rapidement une barre à hauteur du front et croque sous la dent. Il s’agit d’une tempête de sable. Rien de violent, c’est à peine si on sent le vent souffler. Des millions de grains infimes restent en suspension depuis une quarantaine d’heures maintenant, en provenance de Mauritanie. Pour paraphraser Dionysos, c’est comme si Dieu s’était décidé à croquer dans un sandwich en porcelaine et qu’il en dispersait les miettes parmi nous. Tout objet resté un tant soit peu au grand air se pare en quelques minutes d’une couche jaunâtre. Les plaquettes de freins crissent au premier freinage. On évite de manger à l’extérieur et de laisser les fenêtres ouvertes. Foutue avancée du désert…

 

Une oasis se profile pourtant, au sein même de l’institut. Une masse verte que l’on peut apercevoir au fond. Il s’agit des terrains synthétiques. Une vraie petite révolution dans la vie du centre. Pour eux aussi les jeunes piétinent. Nul doute que ces pelouses vont leur changer la vie. La première sera inaugurée demain, 17 heures. Les ouvriers ont posé ce matin les granulons qui se glissent entre les brins en plastique et en font des surfaces plus douces et agréables que leur version naturelle. Pour sûr, mon football va faire un pas de géant.

29 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

C’est la lutte tribale…

27 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

I have a dream

C’était il y a cinq mois déjà. J’ai d’abord résisté. Pratiquement tout le monde le faisait. Pas moi. Pas de temps à perdre. Pas le temps de laisser reposer les 10 000 projets à mener – aussi bien personnels que liés à Diambars -, tous tellement plus essentiels. Parfois la tentation donnait de grands coups de bélier dans ma volonté. Un assaut repoussé, puis deux. Des fissures apparurent : et pourquoi pas ? Quel mal y a-t-il à cela. Juste une fois, pour voir… J’ai repoussé le démon… péniblement. Mais pour combien de temps ? La question n’était plus de savoir s’il fallait ou non résister : au fond, au creux du ventre, je sentais la bataille perdue. Ce n’était plus qu’une question de temps avant de poser le genou. Je ne suis pas plus fort qu’un autre. Tout le monde plie, tout le monde succombe, tout le monde s’allonge. Pourquoi, moi, resterais-je debout ?

 

C’est arrivé un lundi. Ou bien un jeudi. Peut-être même un vendredi. Seule certitude : c’est arrivé. Juste après le déjeuner. C’était un de ces jours où les valises sous les yeux m’auraient contraint à payer un excédent de bagages à l’aéroport, où la volonté n’a guère plus de force qu’un nouveau-né. J’ai discrètement regagné ma chambre. Un coup d’œil à droite, un autre à gauche. J’entendais des rires depuis la chambre du kiné juste en face, transformer comme toujours à cette heure-ci en salon de thé. Je me suis fait tout petit. J’ai discrètement tourné la clef pour m’enfermer depuis l’intérieur. Personne ne m’a vu, ni entendu. Mélange de soulagement, d’excitation, voire d’interdit pour mon esprit étriqué de petit Français. A quoi bon s’en cacher alors qu’ici, à Diambars, c’est même encouragé ? Je ne sais pas. Probablement parce que dans ma culture, ce n’est pas si bien perçu.

 

Je me suis mis à l’aise. J’ai ouvert la fenêtre et mis en marche le ventilateur. Juste ce qu’il fallait de vent pour ressentir un léger frisson. Assez rapidement, cinq minutes peut-être, j’ai ressenti la première salve. Mes repères ont foutu le camp. Sensation aussi douce que le sucre. Je devenais encore plus petit, m’enfonçant lentement, très lentement dans une chantilly maison. Sentiment d’être là et ailleurs, déconnecté mais maintenu par un fil de soie. Je me suis mis à regarder mes paupières fermées filtrant la lumière. J’ai vu un vaste magma jaune orangé traversé par d’infimes traits rouges. L’effort de concentration m’a tiré vers la réalité.

 

Pas question ! J’ai repris une grande inspiration, comme pour m’engager vers une longue apnée et j’ai replongé.

 

Cette fois-ci, je suis descendu plus bas. Trop bas. J’ai sombré. Cela ne peut pas faire de mal. Le fil de soie a rompu. J’étais passé sous la chantilly. Plus de haut, ni de bas, plus de pesanteur. J’étais passé dans l’autre monde, là où l’on voit des ciels vanillés, là où l’on revit des instants perdus, où l’on partage un moment privilégié avec ceux que l’on ne voit plus, où l’on partage l’intimité de célébrités qui nous sont inconnues. Combien de temps cela a duré ? Une heure ? Une minute ? Une vie ? Quarante-cinq minutes à en croire l’horloge de mon portable.

 

Parce que tout à une fin, il a fallu s’extirper de l’instant. Une fois remis sur pied, la sensation vaporeuse s’est lentement dissipée pour laisser gagner un bien-être ressenti des pieds à la tête. Je suis reparti et me suis rendu compte en chemin que j’avais oublié les valises. Quelle bonne surprise…

 

Comme une drogue, elle devient addiction. Je suis devenu accro. D’une fois par semaine, je suis passé à deux, puis trois. Je dois probablement être à quatre aujourd’hui.  La culpabilité de la première fois est restée sous la couche de chantilly. L’homme tient là un bien beau bijou et les Sénégalais ont saisi qu’il serait ridicule de s’en priver. En France aussi, elle est là, à nous tendre les bras, mais on préfère laisser ce diamant dans l’écrin. On le sort une fois de temps en temps, surtout le dimanche. Pas plus, il ne faudrait surtout pas en abuser, on ne sait jamais. Mais on ne sait pas quoi ?

 

La Toubabie se fourvoie, le Sénégal a tout compris : il faut user jusqu’à la corde la plus grande création humaine du millénaire, la sieste.

25 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Courage ! Les terrains synthétiques seront bientôt finis

24 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Vous avez la monnaie ?

Une course en taxi-brousse à Saly : 500  F CFA (5 F d’avant €) sans Eurocard Mastercard, une course en taxi-brousse à Mbour : 1 500 F (prix toubab conseillé), une course à Dakar : 25 000 (15 000 pour un Sénégalais, 7 000 en taxi commun : sept passagers dans la voiture)

La boîte de Petit écolier : 3 500 F

La bouteille d’eau minérale : 300 F dans une station essence, 1000 F au restaurant, voire 1 500 dans un hôtel.

Un litre d’essence : 6 000 F

La statuette de Paco : 60 000 F si on est français et très mauvais en négociation, 20 000 si on est sénégalais et très mauvais en négociation, 10 000 F si on ne le croît pas lorsqu’il explique qu’il doit financer à lui tout seul une maternité.

La langouste : 8 000 à 10 000 F

La chemise en lin sur mesure : 15 000 F

Une minute de portable : 90 F

Un sac de riz de 50 kg : 9 000 F

Un paquet de thé : 100 F

 

Un week-end de Pâques sur la plage à buller, ça n’a pas de prix.

22 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Menthe à l’eau

19 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Plein les yeux

Chose promise, chose due. J’ai fait découvrir aux multimédias « les Yeux dans les

bleus ». Pour ceux qui ne vivent pas sur une terre ronde comme un ballon, il s’agit du super documentaire de Stéphane Meunier racontant l’aventure 98 au sein du groupe France.


Hormis Maleye, le Franco-sénégalais de l’étape, aucun ne connaissait. Ils ont en revanche un équivalent local dévoilant les coulisses des Lions durant la Coupe 2002. Cela s’appelle « la Tannière ». Original.


Bien des profs paieraient cher pour obtenir la même attention. Ndiol et Sana, adeptes de la position « vautrée », n’ont jamais autant usé leurs coudes sur la table, penchés en avant qu’ils étaient. J’ai profité d’un silence monacal à chaque prise de paroles de Thuram, comme à chaque essuyage de crampons de Zidane. Lorsque le plus célèbre des Marseillais s’est isolé dans le vestiaire, les jeunes n’ont pas bougé une oreille. A croire qu’il ne voulait pas perturber la solitude de l’expulsé.


Ils n’ont pas aimé voir les joueurs nus sur les tables de massage, voir Bébert Gal masser la fesse de Liza. Ils n’ont pas aimé voir Laurent Blanc fumer. Ils ont trouvé moins grave de voir Barthez cigarette au bec. Vieux et Pape Alassane ont aimé imiter Zidane claquant des doigts en chantonnant une reprise des Enfoirés (« On ira tous au paradis). Moi, j’ai aimé leur montrer mon papa. Plusieurs m’ont demandé : « C’est qui lui ? », pointant du doigt Guivarc’h et Diomède. Vieux a fait écho à Thuram quand, à l’entrée des joueurs pour France-Croatie, le défenseur dit : « On est des chiens, on lâche rien. » Ali a adoré voir Jacquet pourrir ses joueurs à la mi-temps du dit-match. Abel a détesté voir Laurent Blanc être injustement privé de la finale, gratinant sa pensée d’un spontané « Putaaaaiinnnn ». Ils connaissaient la fin du film mais se laissaient porter par le suspense. Ils m’ont fait rire. Personne n’a réagi lorsque la sonnerie a retenti.


Mame Back jugeait le documentaire « super bien monté ». Ibrahima concluait par une parole d’évangile : « Eh ben, ce n’est pas facile de prendre la Coupe du monde. » Tu l’as dit bouffi.

17 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

“Alors ça, vous voyez, c’est du sable”

13 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Si c’est l’OCI j’y vais aussi

Joyeux bordel toute la semaine au Sénégal qui gagne avec jeudi et vendredi pour point d’orgue. Ce bordel a des initiales : OCI, pour Organisation de la Conférence islamique, énorme raout musulman avec plus de 5 000 participants attendus pour ce sommet, venus d’une soixantaine de pays. Parmi eux : une quarantaine de chefs d’états et pléthores de ministres, logés à Dakar ou Saly.

 

Environ 1 200 membres de ce beau linge doivent séjourner dans la station. Force policière en conséquence. Au centre, tout le monde a son badge pour passer les éventuels barrages. La route principale, fraîchement rénovée, est filtrée. On ne laisse passer que les huiles essentielles. La gendarmerie surveille la plage en quad : du jamais vu. L’Etat fait dans le tout sécuritaire. On trouve péniblement une bouteille de gaz dans le pays, paraît-il pour parer à un éventuel attentat au butane. Depuis lundi et jusqu’à vendredi, les établissements scolaires sont en sommeil. Officiellement pour « permettre à toutes les composantes de la nation de communier avec cette importante rencontre ». Officieusement parce que le gouvernement craindrait les rassemblements de jeunes : faudrait pas que collégiens, lycéens et étudiants aient la bonne idée de penser à manifester à l’heure de la récré.

A Diambars, comme on ne fait rien comme les autres, les jeunes ont classe et donc les boules. Eux aussi crevaient d’envie de « communier avec cette importante rencontre » et donc, de profiter d’une semaine de vacances improvisée.

 

Financièrement OCI ça fait mal. L’OCI n’avait pas encore commencé qu’elle était déjà vivement critiquée. Malgré plus de 150 millions d’euros injectés par les pays participants et quatre ans de préparation, rien n’est prêt. Aucun des hôtels commandés pour l’occasion n’a ouvert à temps. Un navire de croisière hors de prix a été loué pour sauver les meubles. Les routes ont été rénovées à la va-vite. L’Émir d’Oman ne vient pas, ni Kadhafi qui considère l’événement comme une gigantesque mascarade. Beaucoup d’invités se sont désistés et nombre d’hôtels de Saly – réquisitionnés – se trouvent finalement vides. Le pays comptait sur l’OCI pour redorer son blason. Au final, le gouvernement va laisser du Sénégal qui gagne le visage d’une tête de vainqueur. Les Sénégalais, honteux du résultat, sont remontés comme des pendules contre les organisateurs et en premier lieu, contre le fils du président, Karim Wade, à la tête de la commission chargée de préparer ce que l’on nomme aujourd’hui « le sommet de l’inutilité ». Il est vrai qu’il y a de quoi porter le sourire aigre lorsqu’on entend Abdoulaye Wade annoncer qu’il y sera question de pauvreté (parce qu’il n’est pas « normal que la pauvreté continue de subsister dans la communauté musulmane mondiale qui dispose pourtant d’énormes richesses ») au cours d’un événement indécent par sa débauche de moyens, de surcroît mal utilisés.

 

Beaucoup pensent que le président Wade comptait sur la préparation de l’OCI pour propulser son fils à sa succession. L’échec se précisant, le Vieux y a laissé toujours plus les manches de sa chemise pour maintenir son fils hors de l’eau. On a ainsi pu l’entendre louer son travail malgré des apparences contraires (« Karim, je dirais à ta mère que tu as bien travaillé ») et le voir mettre à la porte le président de l’Assemblée nationale quand celui-ci eut la bonne idée de le convoquer devant le parlement afin de rendre des comptes.

 

Il y a encore deux mois, tout portait à croire que Karim allait obtenir grâce à l’OCI les clefs menant au chemin de la présidence. Aujourd’hui, depuis quatre ans qu’il jette le trousseau en l’air, celui-ci a fini par tomber dans le caniveau. Preuve en est avec cet édito bien senti de Coumba-Marguerite Fall, paru cette semaine dans « le Quotidien » : « Karim, je dirais à ta mère que tu as échoué. Que tu auras échoué là où l’échec était plus difficile que la réussite, tellement tu avais tout entre les mains  […] De certains, ont dit que ce sont des bons à rien : tu dois certainement être de la catégorie des mauvais en tout, puisqu’il fallait une formidable disposition au gâchis pour échouer avec de tels moyens. De ça, je parlerais à ta mère  […] A ta mère, je dirais que la fin de ce mois de février a enregistré d’énormes retards dans le paiement des salaires dans l’administration, ceci n’étant que l’aboutissement logique de la pratique qui a consisté à mettre toutes les disponibilités du pays à portée de ta main. Je lui dirais donc que quatre années, plus de cent milliards de francs, plus de deux cents voyages à travers l’Arabie, la majorité en jet privé, la mobilisation de toute l’administration… tout cela aura abouti à un échec éhonté. »

 

Pour l’anecdote, Karim est également le chef de fil du mouvement politique « la Génération du concret ». Jolie ironie.

11 mars 2008 - Lire la suite Tags: none
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