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du Journal SUD OUEST

Les Lionceaux de la Teranga
Le Sénégal depuis l’institut Diambars, centre de formation de jeunes footballeurs

Ministère amer

La première fois, c’était branle-bas de combat. Tout le monde sur le pont trois  heures avant. Inspection générale des services : chambres, classes, réfectoire, etc. Et vas-y que je te sors la tenue de soirée en  plein jour, et vas-y que je te dresse une jolie table composée de jolies fleurs et de jolies boissons, et vas-y que je te cache comme je peux le câble moche qui sort du carrelage et que je ne saurais voir. Ce sont les femmes d’entretien qui étaient drôlement contentes. L’occasion leur avait permis de bénéficier de tenues.

 

La ministre du Tourisme, entrée dans l’histoire de Diambars comme la première ministre en activité à visiter l’institut (on attend toujours celui des Sports), s’appelait alors Fatoumata Gassama. C’était tout nouveau, tout beau. Elle n’arrivait pas de Dakar pour les beaux yeux de Diambars. Non. Elle était alors venue lancer la saison touristique et s’offrait un petit détour dans notre humble demeure. Elle est arrivée accompagnée de sa suite, une centaine d’officiels et de journalistes. Elle a serré quelques paluches. Elle a trouvé ça drôlement beau. Elle a fait un petit tour et puis s’en va. Trois mois plus tard, elle était débarquée du gouvernement. Merci d’être venue. A-t-elle seulement eu le temps de présenter un projet ?

 

Pour cette deuxième, mardi dernier, on a compris : est-ce vraiment nécessaire d’investir dans des canettes de Fanta, de faire venir Saër de Dakar et de cacher ce foutu câble que je ne saurais voir ? Encore aurait-il fallu nous laisser le temps de nous poser la question. Le protocole a prévenu le matin pour le matin de la visite ministérielle. Cette fois, la ministre du Tourisme se nomme Aminata Lô Dieng (en photo). Elle est venue découvrir Saly, le centre névralgique de son ministère. Il faut tout recommencer, tout réapprendre au nouveau chef, en attendant qu’elle tombe, victime du prochain remaniement. En huit années de présidence sous l’ère Wade, le nombre de ministres se compte en centaine.

 

On nous dit 10 heures. On nous rappelle à 11 h 30 : ce sera finalement 15 heures. A 17 h 30, une cinquantaine de 4×4 débarque. C’a un goût de déjà vu. Ce n’est plus tellement excitant. Les gendarmes ouvrent le bal en sol mineur, avec sirènes à l’américaine. La visite se fait au pas de course. La ministre trouve ça très beau, très bien, très tout. Comme son prédécesseur, elle est accompagnée d’une suite de sangsues. Elles l’escortent jusque dans le hall mais ne tiennent pas tellement à aller plus loin. Aucune envie de découvrir Diambars. Non mais franchement, est-ce qu’elles sont venues pour ça ? En fait, personne ne sait très bien pourquoi. Le savent-ils eux-mêmes tous ces officiels ? Sagement, ils attendent maîtresse.

 

Pendant que celle-ci court dans les couloirs avec la directrice administrative de l’institut – ce n’est pas tout ça mais il faut vite vite repartir -, je papote avec un Français, photographe, rencontré la première fois. Le genre cynique, complètement désabusé de la politique sénégalaise, le genre qui préfère en rire que de s’en foutre. Le genre toubab quoi. Il m’explique qu’elle voulait venir trois jours, ce week-end. Eh oui, cela aurait été pour Madame l’idéal pour profiter de la suite présidentielle à l’hôtel Palm Beach de Fram. La Sapco (la structure étatique chargée de gérer la station) a rechigné. Trois jours à ce rythme lui auraient coûté 20 millions de francs CFA. On lui a donc expliqué que deux jours en semaine, c’était drôlement mieux : « Ca en coûtera 15 », rigole le toubab. C’est qu’il faut nourrir, loger, déplacer la ministre et sa cour. Dans une société qui a vu le sac de riz doublé en quelques mois, on ne peut plus loger sans mal des cars entiers d’amis et d’amis d’amis dans des hôtels 4 étoiles. Tout fout le camp qu’on vous dit.

 

Avec un peu de chance, peut-être pourrais-je rencontrer la prochaine ministre du Tourisme avant de rentrer. Mais à ce rythme, probablement se contentera-t-on de lui laisser les clefs à l’entrée, accompagnées d’un mot, lui intimant de faire comme chez elle mais surtout de bien refermer en repartant.

Un commentaire pour “Ministère amer”

  • manko dit :

    Pour la petite histoire : Aminata Lô Dieng a reçu hier une gifle - au sens propre - d’Awa Ndiaye, ministre de la Femme, de l’Entreprenariat féminin et de la micro-finance. Les ministres sont de grands enfants…

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