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Un BLOG de la Rédaction
du Journal SUD OUEST

Les Lionceaux de la Teranga
Le Sénégal depuis l’institut Diambars, centre de formation de jeunes footballeurs

Archive pour la catégorie 'A la sénégalaise'

Rétro images, deuxième

Deuxième volet de ce retour en images. Cette fois, celle de la rubrique “A la sénégalaise”. De la pouponnière de Mbour aux eaux du Sine-Saloum, de l’île de Gorée aux berges du fleuve Sénégal, d’un sourire de gamine à un regard de pêcheur pensif… C’est par ici !

28 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

L’art vise-t-il à imprimer en nous la liberté ou la contrainte annihile-t-elle en nous des sentiments ou quelque chose comme ça ?

Alors qu’en France, les candidats au baccalauréat massacraient leurs bouchons de bic pour déterminer si la perception pouvait ou non s’éduquer, au Sénégal, les terminales planchaient - avec quatre jours d’avance - sur :

« La contrainte annihile-t-elle la liberté ? »

« L’art vise-t-il à imprimer en nous des sentiments ou à les exprimer ? »

Je me trouvais jeudi midi dans un lycée de Mbour à la sortie de l’épreuve. Avec Jean-Luc, on était surpris de voir comme tous semblaient terriblement cool peu après avoir rendu leur copie. A deux exceptions près, tout le monde portait la banane, discutait en cercle comme s’il s’agissait d’une matinée tout ce qu’il y a de plus banale. J’adore cette façon qu’ont les Sénégalais de prendre les choses avec philosophie, même quand ils doivent se prendre la tête avec.

16 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Manque d’énergie

Je devais sortir de la douche quand la coupure s’est produite. Drôlement plus tôt que d’habitude aujourd’hui… Bon, on va faire comme si… Un petit-déjeuner, un café, une tartine beurrée, un verre d’eau, il fait déjà chaud… Je vais au bureau, j’allume le portable… Bon, 12 minutes de réserve dans la batterie, le temps de transférer deux données dans une clef USB mais pas de quoi faire une lettre d’actualité… Bon, qu’est-ce que je fais ? Ah, le montage sur le feu ! Je prends le Mac dans lequel le film a été transféré. Rien. Ecran noir. Mais oui… La batterie a rendu l’âme, il ne marche que sur secteur… Bon, qu’est-ce que je fais ? Ca commence à durer ce délestage… Je vais ranger le bureau, tiens. C’est bien ça de ranger le bureau. Et maintenant ? Lisons un peu en attendant… Mais pas au bureau ! Sans ventilo, il fait trop chaud. 10 pages, 20 pages, 30 pages… Ca dure là. Un pipi tiens ! C’est déjà une minute d’occupée. Mince. Ils ont aussi coupé l’eau. Il fait midi. Un peu de papotage avec les stagiaires. Tiens, Lens va peut-être sauver ses miches en première division. Mais si Diouf a gâché sa carrière parce qu’il n’a pas été assez sérieux ! On va manger ? Oh non, du couscous… Toujours pas d’électricité ? Bon et bien allons recharger les batteries. Petite sieste. Mince, elle s’est éternisée. Non, je n’ai rien manqué : le plafonnier ne tourne pas, ce qui - et ce n’est pas la peine de convoquer un aréopage d’experts de l’Agence nationale de l’énergie - implique qu’il n’y a toujours pas de jus. Mais comment tu veux faire tourner une entreprise ! C’est vraiment le problème numéro 1 ici. Va pour un peu de lecture. 10 pages, 20 pages, 30 pages… Qu’est-ce que je lis aujourd’hui… Qu’est-ce qu’il fait chaud aussi ! Clac ! Le plafonnier repart ! Il est 16 heures. Je peux commencer à travailler.

3 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Sine-Saloum : le choc de l’agriculture

La deuxième fois que je me suis rendu dans le Sine-Saloum, mardi, j’y suis arrivé par une route horriblement cahoteuse. Elle réveillait et faisait danser mes reins et mon dos, endoloris après une nuit difficile à vomir. J’ai fait le touriste. J’ai vu Foundiougne, ville que l’on dit touristique, en train de crever parce que délaissée. J’ai fait mon tour en pirogue, j’ai vu la mangrove, je me suis gavé de crevettes et c’était chouette.

La première fois, j’y suis arrivé par une route horriblement cahoteuse. C’était il y a une semaine et demi. Elle réveillait et faisait danser la poussière dans l’habitacle. Après, il y avait le plat d’une piste sinuant au travers de cours d’eau qui d’un jour à l’autre changent d’emplacement. On traversait des étendues sablonneuses piquées de flaques, on apercevait des flamants roses, on découvrait des villages dormant au gré de leur isolement, à peine réveillé par notre minibus sur lequel on propose sur tout son long de « faire du football passion un moteur de l’éducation ». C’est un peu de ça le Sine-Saloum, vaste et jolie terre marécageuse, delta coincé entre la Gambie et la Petite Côte.

 

Kaydara. Il y a, deux kilomètres après le village de Samba Dia, la ferme de

Kaydara. Une ferme école pour être exact. On y a passé 24 heures avec Ludwig et quatre élèves de la classe multimédia dans le cadre d’un reportage pour Diambarsmag, le site bientôt en ligne hébergeant les travaux des jeunes. 24 heures d’immersion sans eau courante, sans bruit la nuit, sans électricité mais des tas de manguiers. Dans le lot des découvertes : 1. C’est plaisant l’odeur de la lampe à pétrole. 2. Ce n’est pas pratique de se laver au seau. Mais finalement, on apprend vite. Pour les mains, ma consommation est passée d’un demi seau à un gobelet. Un vrai dur à cuire que je vous dis !

A Kaydara, il y a Baye Fall, stagiaire potache, Touré et Bella, stagiaires studieux, Josette, responsable administrative bavarde, Antoine, stagiaire réservé, Fadel, stagiaire affairé… A Kaydara, on cultive le jour, on joue à la belote la nuit. A Kaydara, il y a surtout Gora, GO en chef. La cinquantaine, grosse voix posée, débit lent, mots choisis. Charismatique. C’est bien le premier qui parle ici d’écologie, pays qui doit compter en tout et pour tout deux douzaines de poubelles publiques. A la ferme de Kaydara, les douze étudiants n’utilisent pas de pesticides. Chacun gère son potager. Ce que l’élève agriculteur produit est vendu au marché. Les bénéfices sont placés sur un compte épargne bloqué jusqu’à sa sortie. Ils permettront alors d’investir dans l’exploitation familiale.

L’agriculture sénégalaise est en crise. Deux Sénégalais sur trois en vivent mais la jeune génération boude la terre. L’exode rural qu’on appelle ça. Il faut dire qu’au Sénégal, les rendements sont douze fois plus faibles que la moyenne mondiale et les difficultés, héritées d’une époque coloniale qui en a fait le pays de l’arachide, s’accentuent. On s’acharne sur une production d’huile et de cacahuètes peu rentables et on importe à grand frais le riz, le produit le plus consommé ici. Parait que tout ça doit changer. Paraît que le pays va enfin s’autoalimenter. Paraît que dans six ans, les 600 000 tonnes de riz importés seront produits sur place, le long du fleuve Sénégal. Paraît que Gora Ndiaye n’y croît pas : « Ca fait 20 ans que j’entends que le pays va se donner les moyens de devenir autosuffisant… » Alors lui il fait dans son coin. Il apprend à ses jeunes à diversifier leurs cultures, à ne pas épuiser la terre, à être malins, novateurs, à en gagner leur pain, bien, suffisamment en tout cas pour ne pas fantasmer d’une vie soi-disant meilleure conduisant en ville ou dans les pirogues, celles qui mènent en Europe ou sombrent en mer.

« Et toi, qu’est-ce que tu laisseras ? » A Kaydara, j’ai vu des gueules. J’ai entendu des histoires, des vraies, racontées à l’ombre des cocotiers. Deux rencontres m’ont marqué. Celle avec Mohamed. Un Français qui vit au Sénégal depuis onze ans maintenant. La quarantaine peut-être. On pourrait presque lire dans ses rides prématurées : « J’en ai bien chié. » Chaleureux. Posé. Totalement intégré. Un trait tiré sur ses enfants, son ex-femme, l’alcool, ses ennuis, son passé. Il parle wolof, s’est converti à l’Islam, a changé de prénom, travaille à la ferme pour 40 000 CFA mensuel. Il s’est marié à une fille du village voisin. Il a demandé sa main aux parents après avoir obtenu le « oui » de la demoiselle. Elle est jolie me dit-il. Il a apporté du mil pour la dot. Je n’ai pas osé demander mais j’ai bien compris qu’elle n’avait pas 18 ans.

 

Celle avec Gora évidemment, fils de commerçant, jeune homme instruit, amoureux de l’œuvre d’Amadou Hampâté Bâ (« En Afrique, un ancien qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »), chômeur dans les années 80 qui se met à l’agriculture au bord d’une voie plus fréquentée que l’A6 le dernier week-end de juillet. Gora ne se dit pas agriculteur. Il se dit jardinier. C’est une des petites mains de ce monde. Il ne cherche pas à refaire le grand. Il aime les petites idées, pas les grandes, celles qui sont applicables par lui, par toi, par moi. Il ne veut pas investir dans du matériel sophistiqué : « A quoi cela servirait d’apprendre aux jeunes à manipuler des engins qu’ils ne pourront pas ensuite acheter ? » Gora n’aime pas les dépendances. Il se donne deux ans pour rendre sa ferme école, créée il y a deux ans, financièrement autonome. Gora veut vivre longtemps : « Mais vivre longtemps, ce n’est pas avoir cent ans. Tu peux avoir vingt ans et vivre longtemps. » Gora pense qu’il faut transmettre, laisser quelque chose sur terre. A Sana, qui dresse son portrait radio pour Diambarsmag, il demande : « Et toi, qu’est-ce que tu laisseras ? » Gora est l’un de ceux qui, modestement, secoue le cocotier. Au moins pour douze. Douze, ce n’est pas grand-chose. Douze, c’est beaucoup. Gora est l’un de ceux qui fait plaisir à rencontrer.

Photo de Gora : Ablaye Ndiol, élève de la classe multimédia

 

18 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Garde à vous ! (mais pas trop)


Ci-dessous, un document découvert sur le blog Secret défense de Jean-Dominique Merchet. Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agissait de tirailleurs sénégalais mais après tout, pourquoi pas ?


17 avril 2008 - Lire la suite Tags: none

Jour de fête

C’est jour de fête ce 4 avril. Fête nationale. 48 ans d’indépendance. Pour arroser  cette « totale » émancipation de presqu’un demi-siècle : un grand défilé sur le boulevard… Charles de Gaulle.

Ce ne serait pas le nom d’un chef d’Etat du pays colonisateur ? Non, je confonds avec le porte-avions… J’ironise parce que je suis mauvaise langue. Alors que l’on pourrait très bien prendre la chose à l’envers. Après tout, c’est la présidence gaullienne qui a entériné la décolonisation. Il méritait bien sa plaque sur l’une des grandes artères de la capitale ce brave homme.

 

Il a été choisi pour thème de cette grande journée : « Jeunesse, Défense et Sécurité ». L’année prochaine, les hommes de la primature proposeront certainement « Parité, Démocratie et Thiéboudien ». J’ironise parce que je suis mauvaise langue. Sinon, le cortège comptait dans ses rangs les premières femmes en treillis du pays. Les Diambars auraient également dû en être. Finalement, non… Je n’en connais pas la raison. Je suppose que Saër a préféré laisser les jeunes profiter pleinement de leurs vacances.

 

Quoi qu’il en soit, c’est le président Wade qui a dû apprécier. Cela le change des défilés de mécontents. Les produits de consommation courante – notamment le riz et le pain – augmentent de manière inquiétante. Dimanche dernier, la police a réprimé assez violemment une manifestation contre la faim. Et parce qu’il aime l’indépendance, surtout celle de la presse, le Vieux a envoyé ses sbires dans les locaux de la chaîne privée Walf TV pour faire suspendre le direct relatant l’événement. C’était une première pour une chaîne sénégalaise…

 

Il a rappelé hier lors de son allocution télévisée que l’objectif du Sénégal était d’assurer son autonomie dans le domaine agricole : « Tel est le sens du programme national d’autosuffisance en riz à l’horizon 2015. Il faut reconnaître qu’il y a eu des retards dans la mise en oeuvre de ce programme que j’avais formulé déjà depuis deux ans. » Au moins je le rejoins sur ce point. Pas sûr que mon avis l’intéresse.

 

Il en également profité pour régler ses comptes avec le monde enseignant affecté par une crise profonde. L’année est piquée comme un emmental (j’ai envie de fromage) de grèves. Si depuis la rentrée, les élèves du public comptent trois mois de cours, c’est un grand max. A Diambars, établissement privé, les profs ont toujours répondu à l’appel et donc assurent une scolarité normale aux élèves. Mais on commence tout de même à se ronger les ongles. On craint en effet que, face une telle situation, l’Education nationale décide d’annuler les examens de fin d’année. Ce serait sérieusement problématique si nos Diambars ne pouvaient passer le bac et le brevet. Dont’ worry, be happy, c’est jour de fête.

 

D’ailleurs, Wade, il est content, lui… Dans son allocution d’hier, il a présenté l’OCI comme un succès « sur tous les plans » : « Vous avez prié individuellement et collectivement. Certains ont même offert spontanément leur service, pour la réussite du sommet. J’ai été particulièrement touché par cette mobilisation exceptionnelle. » Des gens qui prient gratuitement, que demande le peuple ? Ah ça, il peut sourire. Ma remarque peut sembler absurde mais il faut savoir que le président a lâché 100 millions de francs CFA et une centaine de passeports diplomatiques en échange de prières pour le bon déroulement de l’OCI. Voici résumé la complexité de la laïcité au Sénégal… Mais j’ironise parce que je suis mauvaise langue.

4 avril 2008 - Lire la suite Tags: none

Tranche de vie / Viens boire un petit coup à la prison

Hier, dans le quotidien « le Soleil » :

 

Ivre-mort, il confond la maison familiale et… la prison

 

Il devait être profondément dans les vignes du seigneur, le sieur Ousseynou Keïta. En voilà un adepte de la bouteille qui perd tous ses repères une fois ivre. Croyant rentrer chez lui pour dormir enfin, il s’est affalé devant la prison de Thiès pour roupiller à poings fermés. Son réveil a été brutal.

 

Ousseynou Keïta, un jeune homme habitant la ville de Mbour, comparaissait l’autre jour au tribunal régional de Thiès, pour ivresse manifeste et rébellion à agent dans l’exercice de ses fonctions. Le prévenu, fils d’un garde pénitentiaire en service à la maison d’arrêt de la même localité, avait totalement perdu le nord après une nuit bien arrosée en ville. Le bonhomme a certainement confondu la demeure familiale et la prison. C’est pourquoi il est allé se coucher devant le portail de la citadelle du silence pour roupiller. Ce sont ses ronflements qui avaient tout l’air d’un moteur en panne qui ont attiré l’attention d’un gardien de prison. Prié de quitter les lieux, Ousseynou opposa un niet catégorique et fit savoir à ce dernier qu’il était bien chez lui.

Le garde pénitentiaire eut beau tenté de le ramener à de meilleurs sentiments, mais rien n’y fit. Qui plus est, le disciple de Bacchus décida d’en découdre avec lui, le traitant de surcroît de poule mouillée. Non content de tout cela, il fonça sur l’agent à bras raccourcis. Il faisait encore deux heures du matin. Seulement, la lutte ne dura que 30 minutes et l’énergumène fut maîtrisé par les autres collègues de son antagoniste venus à la rescousse. Ousseynou Keïta fut envoyé de force dans une cellule jusqu’au lendemain matin avant d’être mis à la disposition du parquet.

 

A la barre du tribunal de Thiès où il répondait du délit de rébellion à agent dans l’exercice de ses fonctions, le prévenu a indiqué qu’il n’était pas maître de ses actes au moment de la rude empoignade qu’il a eue avec ce dernier. Mieux, il a déclaré qu’il ne se souvient de rien. Mais, ce que le président lui a reproché, c’est surtout son outrecuidance et son incapacité à pouvoir supporter les effets de l’alcool. Ousseynou a tout reconnu et demandé la clémence du tribunal. Selon lui, il était, cette nuit-là, à la recherche d’un certain Issa, chauffeur de taxi de son Etat, qui lui aurait chipé son portable et son argent. Il s’est même demandé ce qui l’a conduit devant le portail de la maison d’arrêt et de correction, alors qu’il loge à quelques mètres de cet endroit, précisément au camp. Le tribunal lui a donné un dernier avertissement et l’a condamné à un mois assorti de sursis.

1 avril 2008 - Lire la suite Tags: none

I have a dream

C’était il y a cinq mois déjà. J’ai d’abord résisté. Pratiquement tout le monde le faisait. Pas moi. Pas de temps à perdre. Pas le temps de laisser reposer les 10 000 projets à mener – aussi bien personnels que liés à Diambars -, tous tellement plus essentiels. Parfois la tentation donnait de grands coups de bélier dans ma volonté. Un assaut repoussé, puis deux. Des fissures apparurent : et pourquoi pas ? Quel mal y a-t-il à cela. Juste une fois, pour voir… J’ai repoussé le démon… péniblement. Mais pour combien de temps ? La question n’était plus de savoir s’il fallait ou non résister : au fond, au creux du ventre, je sentais la bataille perdue. Ce n’était plus qu’une question de temps avant de poser le genou. Je ne suis pas plus fort qu’un autre. Tout le monde plie, tout le monde succombe, tout le monde s’allonge. Pourquoi, moi, resterais-je debout ?

 

C’est arrivé un lundi. Ou bien un jeudi. Peut-être même un vendredi. Seule certitude : c’est arrivé. Juste après le déjeuner. C’était un de ces jours où les valises sous les yeux m’auraient contraint à payer un excédent de bagages à l’aéroport, où la volonté n’a guère plus de force qu’un nouveau-né. J’ai discrètement regagné ma chambre. Un coup d’œil à droite, un autre à gauche. J’entendais des rires depuis la chambre du kiné juste en face, transformer comme toujours à cette heure-ci en salon de thé. Je me suis fait tout petit. J’ai discrètement tourné la clef pour m’enfermer depuis l’intérieur. Personne ne m’a vu, ni entendu. Mélange de soulagement, d’excitation, voire d’interdit pour mon esprit étriqué de petit Français. A quoi bon s’en cacher alors qu’ici, à Diambars, c’est même encouragé ? Je ne sais pas. Probablement parce que dans ma culture, ce n’est pas si bien perçu.

 

Je me suis mis à l’aise. J’ai ouvert la fenêtre et mis en marche le ventilateur. Juste ce qu’il fallait de vent pour ressentir un léger frisson. Assez rapidement, cinq minutes peut-être, j’ai ressenti la première salve. Mes repères ont foutu le camp. Sensation aussi douce que le sucre. Je devenais encore plus petit, m’enfonçant lentement, très lentement dans une chantilly maison. Sentiment d’être là et ailleurs, déconnecté mais maintenu par un fil de soie. Je me suis mis à regarder mes paupières fermées filtrant la lumière. J’ai vu un vaste magma jaune orangé traversé par d’infimes traits rouges. L’effort de concentration m’a tiré vers la réalité.

 

Pas question ! J’ai repris une grande inspiration, comme pour m’engager vers une longue apnée et j’ai replongé.

 

Cette fois-ci, je suis descendu plus bas. Trop bas. J’ai sombré. Cela ne peut pas faire de mal. Le fil de soie a rompu. J’étais passé sous la chantilly. Plus de haut, ni de bas, plus de pesanteur. J’étais passé dans l’autre monde, là où l’on voit des ciels vanillés, là où l’on revit des instants perdus, où l’on partage un moment privilégié avec ceux que l’on ne voit plus, où l’on partage l’intimité de célébrités qui nous sont inconnues. Combien de temps cela a duré ? Une heure ? Une minute ? Une vie ? Quarante-cinq minutes à en croire l’horloge de mon portable.

 

Parce que tout à une fin, il a fallu s’extirper de l’instant. Une fois remis sur pied, la sensation vaporeuse s’est lentement dissipée pour laisser gagner un bien-être ressenti des pieds à la tête. Je suis reparti et me suis rendu compte en chemin que j’avais oublié les valises. Quelle bonne surprise…

 

Comme une drogue, elle devient addiction. Je suis devenu accro. D’une fois par semaine, je suis passé à deux, puis trois. Je dois probablement être à quatre aujourd’hui.  La culpabilité de la première fois est restée sous la couche de chantilly. L’homme tient là un bien beau bijou et les Sénégalais ont saisi qu’il serait ridicule de s’en priver. En France aussi, elle est là, à nous tendre les bras, mais on préfère laisser ce diamant dans l’écrin. On le sort une fois de temps en temps, surtout le dimanche. Pas plus, il ne faudrait surtout pas en abuser, on ne sait jamais. Mais on ne sait pas quoi ?

 

La Toubabie se fourvoie, le Sénégal a tout compris : il faut user jusqu’à la corde la plus grande création humaine du millénaire, la sieste.

25 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Vous avez la monnaie ?

Une course en taxi-brousse à Saly : 500  F CFA (5 F d’avant €) sans Eurocard Mastercard, une course en taxi-brousse à Mbour : 1 500 F (prix toubab conseillé), une course à Dakar : 25 000 (15 000 pour un Sénégalais, 7 000 en taxi commun : sept passagers dans la voiture)

La boîte de Petit écolier : 3 500 F

La bouteille d’eau minérale : 300 F dans une station essence, 1000 F au restaurant, voire 1 500 dans un hôtel.

Un litre d’essence : 6 000 F

La statuette de Paco : 60 000 F si on est français et très mauvais en négociation, 20 000 si on est sénégalais et très mauvais en négociation, 10 000 F si on ne le croît pas lorsqu’il explique qu’il doit financer à lui tout seul une maternité.

La langouste : 8 000 à 10 000 F

La chemise en lin sur mesure : 15 000 F

Une minute de portable : 90 F

Un sac de riz de 50 kg : 9 000 F

Un paquet de thé : 100 F

 

Un week-end de Pâques sur la plage à buller, ça n’a pas de prix.

22 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Si c’est l’OCI j’y vais aussi

Joyeux bordel toute la semaine au Sénégal qui gagne avec jeudi et vendredi pour point d’orgue. Ce bordel a des initiales : OCI, pour Organisation de la Conférence islamique, énorme raout musulman avec plus de 5 000 participants attendus pour ce sommet, venus d’une soixantaine de pays. Parmi eux : une quarantaine de chefs d’états et pléthores de ministres, logés à Dakar ou Saly.

 

Environ 1 200 membres de ce beau linge doivent séjourner dans la station. Force policière en conséquence. Au centre, tout le monde a son badge pour passer les éventuels barrages. La route principale, fraîchement rénovée, est filtrée. On ne laisse passer que les huiles essentielles. La gendarmerie surveille la plage en quad : du jamais vu. L’Etat fait dans le tout sécuritaire. On trouve péniblement une bouteille de gaz dans le pays, paraît-il pour parer à un éventuel attentat au butane. Depuis lundi et jusqu’à vendredi, les établissements scolaires sont en sommeil. Officiellement pour « permettre à toutes les composantes de la nation de communier avec cette importante rencontre ». Officieusement parce que le gouvernement craindrait les rassemblements de jeunes : faudrait pas que collégiens, lycéens et étudiants aient la bonne idée de penser à manifester à l’heure de la récré.

A Diambars, comme on ne fait rien comme les autres, les jeunes ont classe et donc les boules. Eux aussi crevaient d’envie de « communier avec cette importante rencontre » et donc, de profiter d’une semaine de vacances improvisée.

 

Financièrement OCI ça fait mal. L’OCI n’avait pas encore commencé qu’elle était déjà vivement critiquée. Malgré plus de 150 millions d’euros injectés par les pays participants et quatre ans de préparation, rien n’est prêt. Aucun des hôtels commandés pour l’occasion n’a ouvert à temps. Un navire de croisière hors de prix a été loué pour sauver les meubles. Les routes ont été rénovées à la va-vite. L’Émir d’Oman ne vient pas, ni Kadhafi qui considère l’événement comme une gigantesque mascarade. Beaucoup d’invités se sont désistés et nombre d’hôtels de Saly – réquisitionnés – se trouvent finalement vides. Le pays comptait sur l’OCI pour redorer son blason. Au final, le gouvernement va laisser du Sénégal qui gagne le visage d’une tête de vainqueur. Les Sénégalais, honteux du résultat, sont remontés comme des pendules contre les organisateurs et en premier lieu, contre le fils du président, Karim Wade, à la tête de la commission chargée de préparer ce que l’on nomme aujourd’hui « le sommet de l’inutilité ». Il est vrai qu’il y a de quoi porter le sourire aigre lorsqu’on entend Abdoulaye Wade annoncer qu’il y sera question de pauvreté (parce qu’il n’est pas « normal que la pauvreté continue de subsister dans la communauté musulmane mondiale qui dispose pourtant d’énormes richesses ») au cours d’un événement indécent par sa débauche de moyens, de surcroît mal utilisés.

 

Beaucoup pensent que le président Wade comptait sur la préparation de l’OCI pour propulser son fils à sa succession. L’échec se précisant, le Vieux y a laissé toujours plus les manches de sa chemise pour maintenir son fils hors de l’eau. On a ainsi pu l’entendre louer son travail malgré des apparences contraires (« Karim, je dirais à ta mère que tu as bien travaillé ») et le voir mettre à la porte le président de l’Assemblée nationale quand celui-ci eut la bonne idée de le convoquer devant le parlement afin de rendre des comptes.

 

Il y a encore deux mois, tout portait à croire que Karim allait obtenir grâce à l’OCI les clefs menant au chemin de la présidence. Aujourd’hui, depuis quatre ans qu’il jette le trousseau en l’air, celui-ci a fini par tomber dans le caniveau. Preuve en est avec cet édito bien senti de Coumba-Marguerite Fall, paru cette semaine dans « le Quotidien » : « Karim, je dirais à ta mère que tu as échoué. Que tu auras échoué là où l’échec était plus difficile que la réussite, tellement tu avais tout entre les mains  […] De certains, ont dit que ce sont des bons à rien : tu dois certainement être de la catégorie des mauvais en tout, puisqu’il fallait une formidable disposition au gâchis pour échouer avec de tels moyens. De ça, je parlerais à ta mère  […] A ta mère, je dirais que la fin de ce mois de février a enregistré d’énormes retards dans le paiement des salaires dans l’administration, ceci n’étant que l’aboutissement logique de la pratique qui a consisté à mettre toutes les disponibilités du pays à portée de ta main. Je lui dirais donc que quatre années, plus de cent milliards de francs, plus de deux cents voyages à travers l’Arabie, la majorité en jet privé, la mobilisation de toute l’administration… tout cela aura abouti à un échec éhonté. »

 

Pour l’anecdote, Karim est également le chef de fil du mouvement politique « la Génération du concret ». Jolie ironie.

11 mars 2008 - Lire la suite Tags: none
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