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Un BLOG de la Rédaction
du Journal SUD OUEST

Les Lionceaux de la Teranga
Le Sénégal depuis l’institut Diambars, centre de formation de jeunes footballeurs

Archive pour la catégorie 'Dans la tannière'

Der

Dix mois se sont écoulés et nous sommes un mois jour pour jour après mon retour. Mes meilleurs amis sont parents. L’un de mes frères devient élève infirmier. Ma petite sœur a ses premiers roudoudous. PPDA a fait ses derniers JT. J’ai repris le boulot. Gana et Souaré viennent d’attaquer leur nouvelle vie sportive à Lille, Pape Alassane au Havre. J’ai un fichier « Diambars » dans mon ordi qui pèse 9 gigas. Les 93 ont remporté un tournoi international en Espagne. J’ai chopé les symptômes du palu sans avoir le palu. Ils ont changé la jolie Cerise de Groupama.

Les mois se sont écoulés sans que je traite un tas de sujet. C’est mon dernier texte et je laisse en rade une myriade de posts entamés et jamais finalisés parmi lesquels : le drame « talibés », ces mômes qui mendient pour élever la maison d’un marabout, l’incroyable esprit de clocher des Casamançais, la terrifiante façon de conduire des Sénégalais, un portrait de Jimmy et - que Gauthier m’excuse puisqu’il m’en avait soufflé l’idée – un sujet sur les techniques de drague au Sénégal.

J’ai beaucoup de mal à me retourner sur ce que je viens de vivre sans m’appuyer sur des poncifs. Tout le monde me dit : « Alors ? Le Sénégal ? » Et je fais plante verte. Je prends quelques secondes, juste pour répondre : « Très bien! » Et puis le blanc. Qu’ai-je pris ? Qu’ai-je laissé ? Ai-je seulement laissé quelque chose ? Des tee-shirts, ça ne compte pas, même si la moitié est restée là-bas. Est-ce qu’on pense encore à moi ? Est-ce quelqu’un demande : « A-t-on des nouvelles de Thomas ? » Comme lorsque je suis rentré cet hiver, je suis toujours rongé par cette envie démangeante de pourrir les échanges : « Tu sais qu’au Sénégal… » Je me suis dit que je tenterai une fois, juste pour voir si quelqu’un lâchera « Mais tu nous em… avec ton Sénégal. » Et je répondrai : « Baïma* ! Baïma tranquille. » Je reprends ma petite vie en France. Ce n’est pas désagréable. Je ne ressens pas le besoin d’être là-bas au même titre que je n’ai jamais eu le mal du pays quand j’étais à Saly.

Je suis – globalement et pour l’instant – beaucoup plus cool, beaucoup plus « Inch’Allah ». Ce n’est pas désagréable. Je suis ravi de pouvoir cuisiner. Riz et oignons sont bannis de mon alimentation. Avec le peu de recul, je revois des images des jeunes souriants, de soirées légères à la loge des gardiens ou des marches au bord de la plage au soleil levant. Des clichés quoi. Des moments où l’on se dit lorsqu’il se produise : il faut absolument que je l’imprime. Manière de ne garder que le positif. C’est un peu facile à dire et pas totalement vrai. Une image d’Epinal me revient, beaucoup moins exotique. Celle d’un enfant d’à peu près cinq ans, sale, mendiant, les mouches autour de son visage. C’était à Mbour, en décembre.

La situation du Sénégal – et par extension de l’Afrique – me fait frémir. Sur l’autoroute du monde, les pays occidentaux se trouvent loin devant, roulent en troisième. La Chine, l’Inde et autres pays en voie de développement s’en rapprochent, en cinquième. Et l’Afrique reste loin derrière, en première. A part le prix de l’essence, rien ne semble bien changé en Toubabie. On se rend compte que dix mois ne suffisent pas aux radios pour changer de disques. La mode est toujours aux polos d’universités anglo-saxonnes. Je rentre dans les boutiques et pas un vendeur n’essaie de me faire acheter la moitié du magasin. Bon sang, mais secouez-vous les mecs !

Et Diambars ? J’y suis attaché. Je continuerai forcément à suivre avec un regard familier l’évolution de l’institut, de ses gens et du centre en train de se créer en Afrique du Sud. Que mon histoire recroise un jour celle de cette aventure ou pas. J’aurais aimé écrire plus sur l’institut dans ce bilan. Je n’y arrive pas. C’est comme ça.

Un soir, avec Yves, alors qu’on se trouvait dans une rue de Mbour, non éclairée, ensablée, longée de baraques faites de bric et de broc, on essayait de faire mouliner nos consciences. On se disait : « Voilà, on est en Afrique. C’est ça l’Afrique. Ca ressemble à ça l’Afrique. Est-ce qu’on se souviendra ? » Il faut. J’ai rêvé de Saly cette nuit. C’est plutôt bon signe.

*En wolof « Laisse-moi »

3 août 2008 - Lire la suite Tags: none

Diambars, le clip

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30 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Rétro images, première

Que ça sent la fin… Il reste une poignée de jeunes au centre : ceux qui passent le bac, ceux qui passent le BEFM et ceux qui partent en Europe à la fin du mois donner le coup d’envoi des tournées. J’ai déjà fait mes adieux à mon lit. Un une place, au sommier très bas, placé sous la fenêtre. Super pour les siestes. Très pratique pour les abdos. Je pouvais caler les pieds avec. Je me suis mis au vert, dans un studio, à 50 mètres de la mer, histoire de terminer sur une note vacancière. J’achète deux-trois bricoles de cadeaux (il n’y en aura pas pour tout le monde). Je vérifie l’heure de vol (le 3 à 11h59, c’est un coup à se planter). Boulot avec les élèves terminé vendredi. Reste à faire pour Diambars : une vidéo, un papier, une lettre d’infos. Que ça sent la fin…

Comme si le Sénégal qui gagne cherchait à me dégoûter, histoire de ne pas avoir de regrets, le mois de juin est un emmental de coupures en tout genre. Les premières pluies sont arrivées. Tout devient vert. Partout. Même dans des plaines de sable improbables. Yves avait drôlement raison en me disant qu’avec “de l’eau et du soleil, tout poussait. Pas besoin de plus.” Il est réconfortant Yves. Avec lui, rien ne semble bien compliqué, même quand, dans son costume d’infographiste, il parle “flash” et “pop-up”. D’ailleurs, il le résume assez bien par cet adage : “On te fait chier avec la vie. Mais la vie, c’est simple.” Et voilà ! Tout est clair. Enfin, il m’a aussi dit : “Le Sahara, c’est que du Ricard.” Mais ça, je comprends pas… Mais c’est du n’importe quoi. Je rapporte n’importe quoi. Que ça sent la fin…

Allez, l’heure des bilans approchant, voici une première rétro photos, celle de la rubrique “Dans la tannière”. Bon diapo ! Cliquez ici.

23 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Recalé !

Post-face : j’ai participé à un concours de reportage organisé par un journal national. J’ai été touché par le syndrôme “Bleus” : recalé dès le premier tour… Merci d’être venu. Après réflexion, je pense être - entre autre - hors-sujet. Si je n’ai pas perdu le fil du libellé (”un reportage relatant votre immersion dans un univers éloigné, géographiquement ou humainement de votre environnement habituel“), j’ai en revanche totalement perdu de vue que cet article devait paraître dans la rubrique “Voyages”. Je parle d’espoirs de mômes, pas de paysages… Enfin bref, je garde le sourire : ma récompense sera d’être lu par vous. Et là, je crois mériter, sans hésiter, le premier prix d’hypocrisie.


Institut Diambars, Saly, Sénégal. 88 adolescents souhaitent réaliser une carrière de footballeur. Immersion dans le centre créé par Patrick Vieira, Bernard Lama, Jean-Marc Adjovi-Boco et Saër Seck, où naissent et grandissent les espoirs d’une jeunesse africaine

Diambars, l’équipe espoirs

« Allo Jimmy, vous auriez besoin de quelqu’un comme moi au Sénégal ? » Jimmy, c’est Jean-Marc Adjovi-Boco, directeur de l’institut Diambars. L’institut Diambars, c’est un centre de formation. Attention, pas un élevage de footballeurs. Là-bas, on prône de « faire du football passion un moteur de l’éducation ». Jimmy : « Ca, oui. On aurait besoin d’un profil comme le tien, notamment pour mettre à jour le site internet et participer aux travaux de la classe multimédia. Mais on n’a pas d’argent… » «- Pas grave, je ne cherche pas à en gagner. » En échange, d’un lit, de trois repas, du lavage de mes draps et d’un aller-retour Paris-Dakar, va pour une année scolaire 2007-2008 à Saly.

Diambars, c’est le centre créé il y a cinq ans par Patrick Vieira, capitaine de l’équipe de France d’origine sénégalaise, Bernard Lama, ancienne gloire du Paris-Saint-Germain, Jean-Marc Adjovi-Boco, latéral gauche emblématique du RC Lens des années 90 et Saër Seck, numéro 2 du Comité de normalisation du football sénégalais chargé de la refonte de la fédération. Diambars, cela veut dire « champion » en wolof. C’est un petit monde qui sent le neuf, dans de vastes bâtiments aux murs crème et aux tuiles rouges, à la sortie de la plus importante station balnéaire du pays, 80 kilomètres au sud de la capitale. Une sorte de boule en verre dans laquelle on a glissé des morceaux de Sénégal. Pour le tourbillon de neige, on a pris des ballons et pour personnages, 88 apprentis footballeurs sénégalais des rêves pleins la tête. Ils viennent de Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor, Tambakounda, Kolda, Diourbel… Aujourd’hui âgés entre 15 et 19 ans, ils ont rejoint ce sport-études à l’âge de 13 ans.

Comme dans le reste du Sénégal, on se sert la main six fois par jour, on termine nos phrases au futur par « Inch’Allah », on avale pendant des heures du thé à la menthe aussi chaud que l’harmattan (le vent venu du désert), on ne voit pas une goutte de pluie du mois de novembre au mois de juin, on a cette fierté d’être africain, on fantasme sur l’Europe, on se demande souvent comment ça va (en wolof, naturellement), on répond « Sénégalaisement », manière de dire que ce n’est pas facile mais qu’on garde le sourire. Et puis on se sert du matin au soir de gros bols d’espoirs. Le soir, les jeunes se branchent sur Canal + Horizons et se gavent jusqu’à saturation d’images de leurs modèles évoluant en Europe : Mamadou Niang, Didier Drogba, Samuel Eto’o. Ils imaginent leur vie de château. Ils crient au génie quand Mickaël Essien réalise un bête extérieur du pied droit. Et quand 14 heures d’entraînements hebdomadaires les ont littéralement assommés, ils se voient gagner la Coupe d’Afrique et la Coupe du monde. C’est cliché mais j’ai entendu Gana le dire dans un reportage diffusé en 2005 sur TF1.

93% de recalés en moyenne

Parce qu’il y a plusieurs divisions entre le rêve et la réalité, leurs encadrants leur rappellent plusieurs fois dans l’année les chiffres : en moyenne, seuls 7% des joueurs formés dans un centre touchent au but. Les autres doivent trouver une autre voie. C’est notamment en partant de ce constat que l’institut, labellisé par l’Unesco, insiste sur l’enseignement scolaire (70% du temps de formation a lieu en classe) et écrit en gros sur ses cars « Devenir champion de football et champion de la vie ». Les stagiaires l’entendent. Ils hochent la tête d’approbation : « Oui m’sieur, pas de problème, message reçu. » Le hic : « Ils sont 100% à être persuadés de faire partie des 7% », constate Iba Diagne, le surveillant général.

Et si ? Et si tu n’y arrives pas ? Si tu ne gagnes pas ta croûte en tapant dans un ballon ? Que vas-tu faire ? Khassim, promotion 1991 : « Mais quelle importance ? Je serai footballeur » OK ! Mais sinon ? L’un d’eux m’a rapporté qu’on leur avait un jour posé la question par écrit, histoire d’envisager le plan B : « J’ai mis maître-nageur… » « - Ah oui ?! Tu aimes ça, nager ? » « - J’en sais rien, je ne sais pas nager. » Au moins de mai, la moitié des 32 sortants sont partis en France faire des tests. Trois ont signé. La règle des 7% est respectée. Gana en fait partie.

La prise en charge est totalement gratuite. Fait rare en Afrique : ils disposent de terrains synthétiques. Après leur formation, l’institut s’engage à les accompagner encore cinq autres années, que ce soit sportivement, scolairement ou professionnellement. Mais seule l’option sportive les emballe. Ils savent qu’ils ont une carte à jouer. Ils ont peur de la gâcher. Alors certains abordent chaque entraînement avec l’énergie du finaliste : « Ce qui est difficile dans la vie, c’est de ne pas savoir où tu vas aller », me confiait-on au mois de janvier. « On ne sait pas ce qu’on va faire à la fin de l’année. Souvent le soir dans ma chambre j’y pense et je n’arrive pas à m’endormir. » Cinq fois par jour, il prie Dieu de l’aider à réussir. Il entonne les chants optimistes de Youssou Ndour, la mégastar du pays, et laisse le naturel reprendre le dessus : il arbore un large sourire, réalise l’échauffement d’avant match en chantant et arrose le centre de grands éclats de rire. Comme ses 87 copains.

Les stagiaires portent leurs rêves de gosse et de chouettes tenues Adidas, le principal partenaire de Diambars. Mais trois bandes ne cachent pas toutes les réalités. Leurs poches débordent des espérances de la famille. Au Sénégal, crise alimentaire oblige, le prix des denrées a fait un bon terrible, notamment l’huile et la farine. En quelques mois, le sac de riz est passé de 9000 F CFA à 18 000 F CFA. C’est énorme alors que la plupart des salaires dépassent péniblement les 70 000 F CFA, soit un peu plus de 100 €. Sur les fiches de suivi médical, on peut voir qu’après seulement deux semaines de vacances dans leur foyer, certains joueurs perdent jusqu’à 5 kilos. « Un midi, j’en vois un, seul, au réfectoire », raconte un éducateur. « Je vois son assiette et je lui dis, histoire de parler : « Eh bien, tu as un sacré appétit aujourd’hui ! » Et là, je le vois fondre en larmes. Je vais le trouver, en lui demandant : “ Qu’est-ce que j’ai pu dire pour te mettre dans un tel état ? ” Il m’a répondu qu’il avait eu honte de se servir une telle assiette alors que sa mère et ses frères devaient, probablement, ne pas manger ce midi, comme tous les midis. »

« Que devient Aly ?»

Diambars, c’est une boule qui brille notamment grâce à l’éclat de ses fondateurs. Dans la rue, les gens interpellent les jeunes. Dans la presse sportive aussi. Fin mai, dans la rubrique Courrier des lecteurs, un pharmacien demandait : « Que devient Aly Ly, stagiaire de l’institut Diambars ? » comme on demanderait des nouvelles d’une star à la retraite. Aly est un joueur comme les autres. Aly fait comme ses copains - il s’entraîne et il apprend -, sauf qu’il est passé à la télé. Parce que c’est ancien talibé. Le mot désigne dans son acceptation générique l’élève d’une école coranique. Mais au Sénégal, elle s’applique essentiellement aux enfants mendiant au profit d’un marabout. Ils sont des milliers : « J’étais à Mbour, dans une famille qui me donnait souvent à manger. La télé était allumée et on parlait d’une école de foot qui allait bientôt ouvrir. Le monsieur m’a dit : Toi, tu aimes le foot Aly, pourquoi tu ne vas pas faire les tests ? » Aujourd’hui, Aly aime les langues, il aime le Coran, il aime les « Yeux dans les bleus », le documentaire de Stéphane Meunier relatant l’épopée 98, il aime entendre parler Aimé Jacquet.

Quand le président Abdoulaye Wade parle du football sénégalais (mis à mal depuis l’échec retentissant lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, en janvier au Ghana) comme d’une affaire d’état, il dit souhaiter le « voir renouer avec le Sénégal qui gagne ». Marrant. Le « Sénégal qui gagne », c’est une expression employée par un copain taxi ivoirien, venu comme beaucoup de ses compatriotes au pays de la Teranga (« l’hospitalité » en wolof) pour fuir la crise en 2002. Il l’utilise pour désigner tous ces petits dysfonctionnements qui plombent le quotidien : coupures d’eau ou d’électricité, médicaments contrefaits, lampadaires installés mais non utilisés… Alors je croise les doigts pour voir les Diambars donner du sens à l’expression, la débarrasser de toute ironie. Qu’ils gagnent. Même à leur petit niveau, que ce soit sur ou en dehors des terrains de foot. On s’en fout.

20 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Considérations

Une perle retrouvée dans les archives vidéos. Ca se passe en juin dernier, lors de la venue de Patrick Vieira. Bodian est pris de considérations et il le dit.

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11 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

9,375 %

Ils sont tous revenus à la maison. Le tout dernier ce week-end. Tous, c’est la bonne quinzaine de Diambars partis en France au mois de mai taper dans la balle pour taper dans l’œil des clubs. Et alors ? C’est quoi le résultat ? Combien sont rentrés avec un contrat signé ? Combien ont tapé juste ? Trois.

Trois Diambars vont vider leur armoire, faire leur sac, y glisser leurs crampons et prendre l’avion pour attaquer une nouvelle aventure en France. Celle pour laquelle ils se battent depuis cinq ans maintenant. Voilà passée l’étape tant appréhendée depuis le début de la saison. Combien de discussions tardives et d’ongles rongés autour de cette question : « Et si jamais aucun ne signe ? » Cela n’aura pas été le cas. Il y a bel et bien des fruits à récolter.

Mais trois, c’est bien, ce n’est pas bien ? Faut sabler le champagne ou le vider dans l’évier ? Franchement, j’en sais rien. Forcément, trois sur une quinzaine (sachant qu’ils sont 32 à terminer leur formation cette année mais seuls les meilleurs ont eu l’opportunité de partir en France), ça ne semble pas aussi emballant qu’un France-Brésil en 98. Mais moi je suis là et j’en sais rien. Jimmy trouve ça plutôt satisfaisant, surtout pour une première année. Comme Jimmy est plutôt ma boussole en la matière, alors moi aussi je trouve ça plutôt satisfaisant. Mais au fond, j’en sais rien. Après tout, on a atteint la moyenne que l’on ne cesse de répéter aux jeunes : 7% de jeunes formés en centre de formation trouvent le chemin qui mène au football professionnel. Et trois sur 32, cela fait, pour ma calculette Vista : 9,375%. C’est bien 9,375 %, en tout cas mieux que 7 %. Si elle parlait, peut-être qu’elle aussi trouverait ça plutôt satisfaisant.

Et puis ce n’est pas fini. Le pourcentage peut encore s’améliorer. Ceux qui ne sont pas partis faire des tests le mois dernier auront probablement l’opportunité de partir en tournée au mois d’août. Avec un peu de chance, peut-être qu’à l’issue de celle-ci, un quatrième entrera dans la danse. Et puis, pour ceux qui sont rentrés bredouilles, la fin de la partie est loin d’être sifflée. Ils vont pouvoir continuer à s’étoffer dans tous les domaines, surtout physique, en jouant au sein du club Diambars. Ils retenteront leur chance l’année prochaine. Alors, peut-être que là… Peut-être…

Les premiers Diambars à parapher un contrat se nomment :

- Idrissa Gana Gueye à Lille (une année stagiaire puis trois années professionnel – à droite sur la première photo)

- Pape Ndiaye Souaré à Lille (deux années stagiaire puis trois années professionnel – sur la deuxième photo)

- Pape Alassane Ndiaye au Havre (deux années stagiaire).


Deux super clubs, à mon avis, pour entamer une carrière. Ils n’hésitent pas à miser sur la carte « jeunes ». Pour les deux premiers futurs ex-résidants de l’institut, pas de surprise. D’ailleurs, j’avais eu l’occasion de glisser dans un post précédent que j’avais peu d’inquiétudes pour Gana, capitaine de l’équipe nationale juniors (ici). Non, la bonne surprise, c’est Pape Alassane. Ce n’est pas l’un des trois meilleurs joueurs de l’institut mais chaque fois qu’il entre sur un terrain, il joue sa vie. Cette capacité à se donner à 300 % a dû faire effet en

Normandie. D’ailleurs, tous les trois partagent cette qualité : ils ont une soif de réussite terrible. Il est probable que Jimmy, présent lundi au centre, n’oubliera pas de le faire remarquer à qui de droit.

D’autant que beaucoup de ceux qui sont rentrés ont tendance à se cacher derrière un redondant et lassant « C’est pas ma faute ». L’un estime avoir fait les frais de népotisme (« On a préféré le fils d’un membre du staff à moi »… pour entrer dans l’équipe poussins, je veux bien, mais à ce niveau là…), un autre dit avoir été pénalisé par les jours fériés (il est arrivé sur un long week-end qui ne lui a pas permis de participer à suffisamment d’entraînements), beaucoup disent que les joueurs qu’ils ont croisés lors des essais ne sont pas meilleurs techniquement et tactiquement mais plus forts physiquement… Blablabla. Oui, c’est vrai que les Diambars pèchent athlétiquement en comparaison de joueurs européens du même âge et des joueurs africains aux cartes d’identité trafiquées. Probablement est-ce là la conséquence de 13 années de malnutrition, celles avant leur arrivée au centre. Mais Pape Alassane et Gana sont loin d’être des monstres athlétiques. Ils sont même à ranger dans la catégorie « brindilles ». Mais sur le champ d’honneur, on ne les voit jamais plier et encore moins rompre. Ils ont réussi et ça fait plaisir.

9 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Et Apple créa la pomme de la discorde

 

La vie n’est pas toujours rose, n’a pas de sens, est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez), est une loterie : même si tu gagnes au final, tu perds la vie (MC Solaar), c’est du vent que nous souffle les rêves d’enfant (Marc Lavoine), est de la merde, la vie est une histoire racontée par un cynique (Bridget Jones), est un petit train qui va des montagnes de l’ennui aux collines de la joie (Gilbert Bécaud) et surtout l’objet de toute sorte de comparaisons jamais assez tordues et imagées. Bref, tout ça est drôlement compliqué pour dire que ce n’est pas toujours simple.

Je pourrais vous faire croire qu’on passe toute une année scolaire à se taper dans le dos avec les élèves, à se serrer longuement la main, à se faire des politesses devant un poulet yassa (« non, vas-y, prends les olives, j’insiste »), mais ce n’est pas toujours comme ça que ça se passe. En ce moment, il y a un peu d’eau dans le gaz entre la classe multimédia et moi.

L’objet de ces quelques étincelles passagères repose sur un bien qu’ils m’envient. Disons que je suis un peu le Frodon Saquet de la communauté - en plus grand et en pieds moins poilus -, je détiens le précieux : la clef du cadenas ouvrant le caisson des ordinateurs. Imaginez comme je peux faire l’objet de sollicitudes. Ils viennent me voir avec leur plus beau sourire, me demandent la bouche pleine de miel d’avoir la gentillesse de leur accorder une rallonge après les cours, une autre le soir, une autre le week-end. Parfois c’est non, parfois c’est oui. Avec une moyenne de deux oui pour un non, on ne peut pas les juger mal lotis. Faut dire qu’à part la télé, l’offre de loisirs s’avère on ne peut plus restreinte. Un dimanche à Diambars peut parfois se montrer aussi long qu’une traversée de Dakar aux heures de pointe et la situation prête donc à la conciliation.

« Le précieux est à nous et nous le voulons ! » Mais depuis quelques semaines, ils me fatiguent. Il faut leur demander trois fois avant de ranger les Mac, ils considèrent les machines comme leur dû et les exigent comme tel, un refus ne s’accompagne plus d’une poignée de mots mais d’une litanie d’explications. Le précieux semble leur avoir tourné la tête. Plus ils le touchent, plus ils veulent le palper, le cajoler, lui parler. Alors moi, je dis vachement moins oui : aucune envie de me retrouver devant une armée de Gollum. Ils savent ce que j’en pense, je leur ai déjà expliqué, répété que l’accès au coffre et à son trésor hors des heures de cour se méritait. J’ai fini par leur dire qu’ils étaient devenus capricieux et que leur façon de procéder commencer sérieusement à me gonfler. J’ai dû le dire à peu près en ces termes. Depuis, les Sudistes, de véritables peaux de vache dès qu’on effleure leur susceptibilité, me tirent une tronche de six pieds de long.

Mais ils les veulent ces foutues machines ! Lundi, après les cours, je quitte précipitamment le centre pour une course urgente. Tembé, le préfet des études, est tout aussi pressé. Il demande au délégué de s’assurer de leur rangement et de la fermeture de la salle. Super, OK, merci. A mon retour, je découvre un simulacre de fermeture de caisson, annonciateur d’une expédition nocturne. La découverte m’amuse. Après tout, ils tentent leur chance, ça fait partie du jeu. Bref, ils font les ados. Seulement, aucune envie d’être dupe : ils jouent, ils perdent, ils ne remportent pas la mise. Ils pourront toujours caresser le précieux pour se consoler. A malin, malin et demi. J’extrais les ordis et les range dans une armoire verrouillée, puis je quitte le centre dîner avec, je dois l’avouer, la satisfaction de celui qui ne s’est pas fait rouler. Ca fera les pieds au(x) membre(s) du commando. Quatre heures plus tard, à mon retour, le cadenas est comme par magie refermé normalement. L’opération a donc bien eu lieu. J’ai imaginé le visage déconfit des expéditionnaires. OK, je dois l’avouer, méga maxi mea culpa : j’étais ravi de voir mes petites souris croquer dans le vide.

Le matin, je m’attendais à voir des mines basses (j’ai tendance à faire profil bas quand je suis pris la main dans le sac). Et bien je me suis fait recevoir comme du poisson pourri. Je leur ai répondu comme tel. Ils sont tellement obnubilés par les Mac, ces objets frappés – douce ironie – de la pomme de la tentation, qu’ils ne comprennent pas. « Mais Thomas, qu’est-ce qu’on a fait ? », me demandaient-ils encore hier. Et moi, je ne comprends pas qu’ils ne comprennent pas. Et eux ne comprennent pas que je ne comprenne pas qu’ils ne comprennent pas. C’est pourtant simple… J’ai fini par me débarrasser du précieux. C’est vrai qu’on se sent drôlement léger sans !

Mais en fait, je crois qu’ils n’apprécient pas d’être tombés sur plus tordu qu’eux. En fait, ce sont des jaloux.

29 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Petites histoires à défaut d’une grande

Dualité : le sentiment d’avoir peu de choses à raconter et pourtant, d’avoir toujours à dire. Etrange.

Il y a bien eu le retour des premiers jeunes à l’essai en France. S’ils sont là, c’est que ça n’a pas payé. Je les laisse tranquilles, répéter 56 fois la même chose aux copains avant de les faire répéter une 57e. Au moins le propos sera rôdé. Il y a encore eu des départs ces derniers jours et d’autres sont toujours en stage, c’est bon signe. J’en sais plus que ce que je ne veux en dire. On en reparlera, comme me disait adolescent mon papa.

Pour la première fois, l’équipe nationale A est venue à Diambars, à 7, vendredi : le sélectionneur, le préparateur physique et cinq joueurs dans un beau gros bus vert, rouge et jaune. Plus de doute : les terrains synthétiques vont changer la vie de l’institut. Equipes et colonies se succèdent à Diambars depuis leur mise à disposition. C’est l’auberge espagnole ce centre. Tant mieux.

Ce même jour sinon, le Sénégal célébrait la journée du tirailleur. Je ne l’ai même pas appris dans la presse locale - c’est dire si cela passionne - mais sur le blog français Secret Défense de Jean-Dominique Merchet… Friand d’anecdote, un voilà une laissée par un internaute : « Je me souviens que mon grand-père (héros de la guerre de 14-18, mort il y a très longtemps), racontait qu’on l’avait placé, dans un “hôpital militaire de campagne”, avec sa “trépanation” et ses diverses blessures, près d’un tirailleur sénégalais, dont la “musette”, gardée précieusement au pied de son lit, dégageait une drôle d’odeur…. Hilare, malgré ses blessures, le tirailleur en question lui avait “exhibé alors”, une “collection d’oreilles”, prises sur les “Allemands” qu’il avait “personnellement” aidés à passer de “vie à trépas”… »

Ce même jour enfin, le président Wade rencontrait les membres du Comité de normalisation du football sénégalais (dont Saër, le président de Diambars Sénégal, est le numéro 2) : « En vous faisant confiance, je veux que le football sénégalais renoue avec le “Sénégal qui gagne” » leur a-t-il notamment confié. Vu ce que représente à mes yeux cette expression (rappelez-vous en cliquant ici), je n’ai pu m’empêcher de m’inquiéter… A moins que j’ai rigolé.

26 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Crash tests

Les derniers de la première fournée sont partis de Saly mardi dernier, à 4 heures du matin. Depuis une semaine maintenant, une quinzaine des 32 qui terminent leur formation à la fin de la saison ont les pieds – et les deux s’il vous plaît – en Europe. Pendant deux-trois semaines, par groupe de deux, ils écument les clubs français : Lille, Lens, Nantes, Lyon, Marseille, Monaco, Strasbourg, Le Havre, Amiens, etc. En moyenne, chacun passera dans deux - trois clubs. Un petit test et puis s’en va.

C’est le début de la fin de l’épisode Diambars pour certains. Les plus talentueux et/ou les plus chanceux rentreront au pays avec un ticket d’entrée pour intégrer le joyeux monde du football professionnel. Les autres auront toujours une place au chaud à la maison, prêt de la cheminée qu’on n’a pas. Là, ils poursuivront au travers du club leur formation, en attendant que les joueurs un peu trop verts mûrissent. Ou bien, ils quitteront le cocon footballo-familial pour suivre une formation universitaire, voire professionnelle.

J’ai essayé de prendre le pouls des heureux prétendants avant leur départ. Pas  d’affolement : ils sont toujours cool. No stress. Gana surtout. J’ai fini par le secouer par les épaules Joyeux : « Non mais tu vas stresser, mais tu vas stresser » et lui il rigolait. Gana rigole toujours. J’ai revu avec un certain amusement sa bouille dans un reportage pour le JT de TF1, diffusé en 2005 et retrouvé sur Youtube (cliquez ici) : « Je veux remporter la Coupe du monde. » Il le dit puis il se marre. C’est dit avec tellement d’évidence… Avec le même ton, il m’aurait glissé qu’il aimerait bien manger un croissant demain matin et puis aussi gagner le match de championnat samedi prochain. Remarque, je ne me fais pas particulièrement de souci pour lui. Milieu de terrain et capitaine de l’équipe nationale juniors, un talent fou, une vision du jeu bien supérieure à la moyenne, une gentillesse qui ne gâche rien… Il y arrivera. L’usage voudrait que je termine ce paragraphe par : « J’en suis certain. » J’opte pour « J’espère. »

Les coachs ne sont pas aussi sereins. Normal. On parle de tests individuels. Mais plus largement, l’institut est confronté à son premier grand exam, sportivement parlant. Pour eux aussi c’est l’année du bac. Si tous les stagiaires rentrent les ballons entre les jambes, il y aura forcément à revoir.

L’un des entraîneurs m’a surtout fait part de ses craintes quant à leur acclimatation. C’est que du temps, ils n’en ont pas pour s’adapter. Du temps, ils en ont juste ce qu’il faut pour briller. Les jeunes se montrent plutôt timides en terre inconnue. Ils ont relativement de mal à aller vers les autres et se sont par la force des choses lovés dans le cocooning à la Diambars : « Ils ont l’habitude de vivre dans la même communauté depuis cinq ans, me confie le coach. Seuls négros au milieu des toubabs, ça ne va pas être évident pour eux, vraiment. »

On leur a dit pendant cinq ans qu’en moyenne, seuls 7% des joueurs formés en centre percent. Avec ça, ils sont d’accord. Le hic, c’est qu’ils étaient il n’y a encore pas si longtemps 100% à être persuadés d’appartenir aux 7%. Dans leur petite tête de guerrier, Diambars ouvrait irrémédiablement les portes du foot professionnel. Mais le fait de ne pas appartenir au clan des 15 élus fissure chez plusieurs l’édifice de confiance qu’ils se sont construit depuis leur arrivée.

Hier soir, les quelques survivants de la classe multimédia (amputée par les départs en Europe des uns, les départs en week-end à Dakar des autres) étaient invités par Ludwig à dîner à l’extérieur. Je passe sur le défilé de top model qu’ils nous ont offerts… Ils appellent leur copain Saliou Ciss, en stage au Mans. Ils s’isolent et reviennent trois minutes plus tard. Moi : « Alors ? » Eux : « Il dit que ça se passe bien. » Moi : « C’est tout ? » Eux : « Oui… Tu peux passer le ketchup ? » Ca va toujours bien avec eux.

12 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Thierry, ce pitre

 

Par hasard, en me baladant sur le site de la fondation Varenne, j’ai mis la main sur une perle. Une vraie de vraie. Une qui brille bien fort. Une qui vous hypnotise : une interview vidéo de Thierry. Souvenez-vous : Thierry est l’auteur d’une carte blanche mythique signée sur ce blog lors de sa venue à Saly en novembre. Il racontait alors sa pénible quête pour rencontrer une prostituée, puis la discussion qui en suivit (ici et ).

Pour ceux qui n’ont pas la chance de connaître Bouchon mais qui ont apprécié sa prose six mois plus tôt, voilà qui devrait vous éclairer sur le personnage. Il venait alors, avec son comparse Nicolas Espitalier, de mettre la main sur un prix récompensant leurs papiers relatant la descente du SU Agen, il y a un an maintenant. Sachez qu’il s’agit du dandy sur la gauche, chemise ouverte, chaîne en argent so sex. Je retrouve en visionnant ces images le balancement d’excitation qui s’était emparé de lui avant de rejoindre Sonia. On le dirait à l’échauffement, prêt à rejoindre la piste de danse. Il portait aussi, lors de son séjour au Sénégal, ce même petit sourire en coin débordant d’envie de lâcher une connerie. Et entendez-le déglutir son champagne, se moquant bien de son image comme de « sa première guerre mondiale » (pour reprendre une expression qui lui est chère). Heureusement que Nico Espit est là pour le sauver de la noyade.

Thierry, c’est pour toi, c’est ta minute de gloire. Cliquez là.

7 mai 2008 - Lire la suite Tags: none
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